Publicată la 4 iulie 2022 CINQUERES n 35884/21 și 35886/21 Nizar SASSI împotriva Franței și Mourad BENCHELLLALI împotriva Franței introduse la 12 iulie 2021 comunicate la 13 iunie 2022 OBIECTUL CAUZELOR Cererile se referă la doi resortisanți francezi deținuți de autoritățile americane în lagărul Guantanamo Bay din ianuarie 2002 până în iulie 2004. La 14 noiembrie 2002, reclamanții au depus o plângere cu constituirea unei părți civile împotriva lui X la Tribunalul Judiciar Lyon al șefilor de acte de atac cu privire la libertatea individuală constând într-o detenție de mai mult de șapte zile, abținerea voluntară de a pune capăt privării ilegale de libertate și sechestrarea persoanei. La 19 martie 2009, reclamanții au solicitat magistratului instructor să solicite o rechiziționare suplimentară a Parchetului pentru a putea investiga faptele de tortură și actele barbare pe care le denumiseră. La 6 octombrie 2009, Parchetul a emis un rechizitoriu suplimentar pentru aceste fapte. În cursul procesului de informare judiciară, judecătorii au eliberat o comisie internațională pentru a permite autorităților judiciare americane să le transporte pe teritoriul Statelor Unite pentru a asista la toate investigațiile necesare în cadrul faptelor denunțate de părțile civile. Această cerere a rămas nefondată. September 2016, instanța de judecată din statul SUA a refuzat să execute această cerere de natură penală pe motiv că aceasta părea să contracareze interesele esențiale ale statului. La 19 decembrie 2019, camera de l'inginerie a tribunalului de apel din Paris a încheiat ordinul. Comisia a considerat că persoanele desemnate de consiliile părților civile în cursul procesului de luare a deciziilor erau susceptibile efectiv să fi participat, ca autor sau complice, la faptele care fac obiectul informației, dar la o imunitate de jurisdicție care să împiedice urmărirea în justiție a informației. La 13 ianuarie 2021, Curtea de Casație a respins recursul reclamanților. Aceasta a arătat că obiceiul internațional era împotriva faptului că agenții unui stat pot fi acuzați pentru acte care țin de exercitarea suveranității statului în fața instanțelor penale ale unui stat străin și că, în conformitate cu dreptul internațional, infracțiunile denunțate, indiferent de gravitatea lor, nu se aplicau excepțiilor de la principiul imunității jurisdicționale. Invocând art. 6 alin. (1) din Convenție, reclamanții susțin că acordarea imunității de jurisdicție persoanelor suspectate de a fi încălcat un standard de suc cogens, în speță interzicerea torturii, constituie o restricție disproporționată a dreptului lor de acces la o instanță. 1 din Convenție se aplica procedurii urmate în speță În la . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 din Convenție (Al-Adsani c. Regatul Unit [GC], n 35763/97, § 52-66, CEDO 2001-XI, și Jones și alții c. Regatul Unit, n 33556/06 și 40528/06, § 186-213, CEDO 2014)
Publié le 4 juillet 2022
Requêtes n
os
35884/21 et 35886/21
Nizar SASSI contre la France
et Mourad BENCHELLALI contre la France
introduites le 12 juillet 2021
communiquées le 13 juin 2022
Les requêtes concernent
deux ressortissants français détenus par les autorités américaines au camp de Guantanamo Bay entre janvier 2002 et juillet 2004. Le 14 novembre 2002, les requérants déposèrent une plainte avec constitution de partie civile contre X auprès du tribunal judiciaire de Lyon des chefs d’acte attentatoire à la liberté individuelle consistant en une détention de plus de sept jours, abstention volontaire de mettre fin à une privation illégale de liberté et séquestration de personne. Le 1
er
juin 2005, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris ordonna l’ouverture d’une information judiciaire. Le 19 mars 2009, les requérants demandèrent au magistrat instructeur de solliciter un réquisitoire supplétif du parquet afin de pouvoir instruire sur les faits de torture et actes de barbarie qu’ils dénonçaient. Le 6 octobre 2009, le parquet délivra un réquisitoire supplétif pour ces faits. Au cours de l’information judiciaire, les juges d’instruction délivrèrent une commission rogatoire internationale aux autorités judiciaires américaines pour que soit autorisé leur transport sur le territoire américain afin d’assister à toutes les investigations nécessaires dans le cadre des faits dénoncés par les parties civiles. Cette demande demeura vaine. Le 8
septembre 2016, le juge d’instruction adressa une nouvelle commission rogatoire internationale portant convocation de plusieurs représentants de l’État américain, en qualité de témoin assisté ou de témoin. Les autorités américaines refusèrent d’exécuter cette demande d’entraide pénale au motif qu’elle leur paraissait contrevenir aux intérêts essentiels de l’État. Le 18
septembre 2017, le juge d’instruction rendit une ordonnance de non-lieu au motif que les représentants de l’État américain ayant agi à Guantanamo bénéficiaient d’une immunité de juridiction. Le 19 décembre 2019, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris confirma l’ordonnance. Elle considéra que les personnes désignées par les conseils des parties civiles au cours de l’instruction étaient effectivement susceptibles d’avoir participé, comme auteur ou complice, aux faits objet de l’information mais qu’elles bénéficiaient d’une immunité de juridiction empêchant que l’information soit utilement poursuivie. Le 13 janvier 2021, la Cour de cassation rejeta le pourvoi des requérants. Elle releva que la coutume internationale s’opposait à ce que les agents d’un État puissent faire l’objet de poursuites pour des actes relevant de l’exercice de la souveraineté de l’État devant les juridictions pénales d’un État étranger et qu’en l’état du droit international, les crimes dénoncés, quelle qu’en soit la gravité, ne relevaient pas des exceptions au principe de l’immunité de juridiction.
Invoquant l’article 6 § 1 de la Convention, les requérants soutiennent que l’octroi d’une immunité de juridiction à des personnes soupçonnées d’avoir violé une norme de
jus cogens
, en l’espèce l’interdiction de la torture, constitue une restriction disproportionnée à leur droit d’accès à un tribunal.
L’article
6 §
1 de la Convention était-il applicable à la procédure suivie en l’espèce
?
Dans l’affirmative, en retenant que les représentants de l’État américain susceptibles d’avoir participé aux faits de torture dénoncés par les requérants bénéficient d’une immunité de juridiction, les juridictions françaises ont-elles porté atteinte au droit d’accès de ces derniers à un tribunal au sens de l’article
6
§
1 de la Convention (
Al-Adsani c. Royaume-Uni
[GC], n
o
35763/97, §§ 52-66, CEDH 2001-XI, et
Jones et autres c. Royaume-Uni
, n
os
34356/06 et 40528/06, §§
?